Je suis là chaque matin comme ça sur le chemin, à regarder le jour qui va et qui vient, à tendre la main. Et je vis sous un pont. Probable que j'aime pas les maisons! Ma vie je l'ai quittée, c'était il y a longtemps, peut-être un été. Ô mon vieux je suis noir et du soir au matin, plein comme une malle-cabine, raide comme un passe-lacet.
Je connais même plus mon nom.
Je n'resterai pas trop tard, j'aime mieux aller ailleurs. Là où ce s'rait pas pire peut-être même meilleur, on peut toujours rêver. Non non non non ... Bien content de partir. Non non non non ... J'espère ne pas revenir! Ils m'ont trouvé un matin, raide comme un parchemin - avec dans les poches : deux trois souvenirs rien d'autre qu'une broche. M'ont mené en camion, dans un genre de maison où ils m'ont disséqué mon vieux, tu pouvais pas t'nir guère plus longtemps, qu'ils disaient qu'ils disaient qu'ils disaient ...
C'est pas brillant.
Non non non non ... Bien content de partir. Non non non non ... J'espère ne pas revenir! Je suis là chaque matin comme ça sur le chemin, à regarder la vie qui va et qui vient, qui colle à la peau. Et je m'en vais ce soir, je finirai bien quelque part ... Loin des lits en papier de mes pieds blessés de leurs cheminées noires, du vent du soir ... Non non non non ...